Des recherches génétiques récentes ont révélé un tournant surprenant dans l’histoire de la transition de l’âge du bronze en Grande-Bretagne : les peuples qui ont radicalement remodelé l’île vers 2400 avant JC ne sont pas arrivés de la péninsule ibérique comme on le pensait auparavant, mais des deltas fluviaux des Pays-Bas – les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne occidentale d’aujourd’hui. Cette découverte remet en question les hypothèses de longue date sur les origines de la culture campaniforme, associée au remplacement presque complet de la population néolithique qui a construit Stonehenge.
Les peuples résilients des zones humides
Pendant des décennies, les archéologues ont débattu des origines de la culture campaniforme. La nouvelle étude, dirigée par David Reich de l’Université Harvard, s’est concentrée sur l’analyse des génomes anciens de 112 individus ayant vécu dans le delta Rhin-Meuse entre 8 500 et 1 700 avant JC. L’analyse a révélé une population distincte qui avait conservé un mélange unique d’ascendance de chasseurs-cueilleurs pendant des millénaires, alors même que l’agriculture se développait à travers l’Europe.
Ce groupe n’était pas isolé. Ils ont prospéré dans les zones humides gorgées d’eau, s’appuyant sur le poisson, la sauvagine et le gibier, tandis que d’autres populations se sont tournées vers l’agriculture. Leur capacité à persister dans cet environnement difficile a ouvert la voie à un impact ultérieur et dramatique sur la Grande-Bretagne. Ceci est important car cela met en évidence la manière dont les adaptations locales pourraient alimenter des changements démographiques majeurs.
Une lente combustion de la résistance génétique
Les premiers agriculteurs, originaires d’Anatolie, se sont répandus rapidement à travers l’Europe à partir d’environ 6 500 avant JC en raison de leurs taux de reproduction plus élevés. Mais la signature génétique des chasseurs-cueilleurs a rapidement disparu dans la plupart des régions… à l’exception du delta Rhin-Meuse. Pendant des milliers d’années, les gènes des agriculteurs se sont répandus, mais la population des zones humides a conservé son identité fondamentale. Cela suggère une dynamique culturelle ou sociale unique qui a résisté à une assimilation complète.
L’étude a révélé que les hommes conservaient en grande partie des chromosomes Y de chasseurs-cueilleurs, tandis que les femmes prenaient occasionnellement des partenaires agricoles. Cela indique un modèle de migration féminine et de territorialité masculine, suggérant un échange essentiellement pacifique, bien que la force ne puisse pas être entièrement exclue.
De la résilience locale à l’impact continental
Vers 3000 avant JC, le peuple Yamna des steppes d’Ukraine et de Russie a commencé à migrer vers l’ouest. Leurs descendants, connus sous le nom de culture Corded Ware, ont envahi une grande partie de l’Europe… mais n’ont pratiquement pas touché le delta Rhin-Meuse. La population des zones humides a continué à s’adapter, adoptant la poterie et un peu d’agriculture sans abandonner son mode de vie principal.
Puis, vers 2500 avant JC, apparaît la culture Campaniforme. Il a introduit une ascendance steppique dans la population du delta, mais 13 à 18 % de leur mélange génétique d’origine de chasseurs-cueilleurs et d’anciens agriculteurs a persisté. C’est ici que l’histoire prend un tournant : les personnes qui ont émigré en Grande-Bretagne vers 2400 avant JC étaient porteuses de ce mélange génétique distinct.
Un remplacement quasi total en Grande-Bretagne
En un siècle, les arrivées de Bell Beaker ont presque ou entièrement remplacé les agriculteurs néolithiques qui avaient construit Stonehenge. Les modèles de Reich suggèrent qu’au moins 90 %, voire 100 %, de l’ascendance britannique originale a été perdue. Cette évolution rapide reste l’un des grands mystères de l’archéologie.
La cause est débattue, mais Reich soupçonne une maladie – comme la peste – à laquelle la population britannique isolée aurait pu être vulnérable. D’autres notent que les monuments existants comme Stonehenge ont été conservés après l’arrivée de nouvelles personnes, suggérant une continuité dans certains aspects de la culture.
Le peuple Bell Beaker a également apporté des métaux en Grande-Bretagne, avec quelques artefacts trouvés dans des tombes belges et britanniques. Cela renforce le lien entre les origines continentales des nouveaux arrivants et leur impact sur l’île.
L’histoire de la transition de l’âge du bronze en Grande-Bretagne est une illustration dramatique de la manière dont les adaptations locales, la résilience génétique et les migrations inattendues peuvent remodeler des populations entières. Les résultats soulignent le pouvoir de l’ADN ancien dans la réécriture de notre compréhension de la préhistoire et des forces complexes qui ont façonné l’ascendance humaine.






















