Une étude récente a révélé l’existence de trois espèces jusqu’alors inconnues de crapauds arboricoles dans les forêts uniques des montagnes de l’Arc oriental de Tanzanie. Ces amphibiens remarquables, appartenant au genre Nectophrynoides, présentent une stratégie de reproduction incroyablement rare : la naissance vivante.

Le monde unique des Nectophrynoides

Le genre Nectophrynoides fait partie de la famille plus large des vraies grenouilles (Bufonidae). Jusqu’à cette découverte, seules 13 espèces étaient reconnues au sein du genre, toutes trouvées dans les forêts humides et les prairies de Tanzanie. Ce qui distingue ces grenouilles est leur reproduction vivipare : elles portent leur progéniture à l’intérieur et donnent naissance à des crapauds vivants et entièrement formés, au lieu de pondre des œufs qui éclosent en têtards.

Ce trait inhabituel est exceptionnellement rare chez les grenouilles, plaçant ces espèces parmi une infime fraction d’amphibiens capables de fécondation interne et de naissance vivante.

Une stratégie de reproduction rare

La grande majorité des grenouilles subissent une métamorphose, passant de têtards aquatiques à adultes terrestres. Cependant, les chercheurs ont souligné que « il est de notoriété publique que les grenouilles poussent à partir de têtards – c’est l’un des paradigmes classiques de métamorphose en biologie – mais que près de 8 000 espèces de grenouilles ont en réalité une grande variété de modes de reproduction, dont beaucoup ne ressemblent pas beaucoup à cette célèbre histoire. »* Seule une poignée d’espèces de grenouilles d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est ont développé une stratégie de reproduction similaire, faisant des crapauds arboricoles de Tanzanie un cas exceptionnel.

“La reproduction vivante est exceptionnellement rare chez les grenouilles et les crapauds, pratiquée par moins de 1% des espèces de grenouilles, ce qui rend ces nouvelles espèces exceptionnellement intéressantes”, a expliqué le Dr H. Christoph Liedtke, chercheur au Conseil national espagnol de la recherche.

Identifier les nouvelles espèces

L’équipe a analysé 257 spécimens initialement classés comme Nectophrynoides viviparus et a identifié trois nouvelles espèces distinctes : Nectophrynoides luhomeroensis, Nectophrynoides uhehe et Nectophrynoides saliensis. Cela porte à 20 le nombre total d’amphibiens vivipares connus dans le monde, dont 16 espèces appartiennent au genre Nectophrynoides. Toutes les espèces se trouvent dans les montagnes de l’Arc oriental de Tanzanie, à l’exception de Nectophrynoides viviparus, qui habite également les hautes terres du sud adjacentes.

Pourquoi cette découverte est importante

La biologie reproductive remarquable de ces bufonidés souligne l’importance de préserver la diversité fonctionnelle au sein des populations d’amphibiens. Les chercheurs ont souligné que « le risque de perte de ces espèces et leur contribution à la diversité fonctionnelle des amphibiens devraient être des raisons d’augmenter les efforts de conservation afin de les protéger. » Des recherches plus approfondies sur le comportement et l’écologie de ces crapauds arboricoles sont essentielles.

Les résultats, publiés dans Vertebrate Zoology, soulignent le potentiel d’une biodiversité non découverte au sein d’habitats spécialisés et l’urgence des efforts de conservation pour protéger ces espèces uniques. Ils rappellent la diversité fascinante du règne animal et le besoin constant d’exploration scientifique.