Eswatini est engagé dans une course aux enjeux élevés pour se débarrasser du paludisme. Malgré des progrès significatifs, ce pays enclavé est confronté à une « tempête parfaite » de défis – allant du changement climatique et de la résistance aux insecticides à l’évolution des schémas migratoires – qui menacent d’anéantir des années de progrès durement acquis.
La ligne de front : surveillance et science
Au cœur de la défense d’Eswatini se trouve son insectarium national à Siphofaneni. Ici, les scientifiques effectuent une surveillance rigoureuse pour garder une longueur d’avance sur le parasite. Le travail est très technique :
– Identification des espèces : Les équipes utilisent des microscopes pour analyser les motifs et les couleurs des ailes afin d’identifier des espèces de moustiques spécifiques.
– Tests de résistance : Les moustiques sont utilisés pour tester si les insecticides actuels restent efficaces ou si les ravageurs ont développé une résistance.
– Sites sentinelles : Les efforts de piégeage quotidiens permettent aux responsables de la santé de suivre où se déplacent les moustiques et comment leur comportement change.
Cette vigilance scientifique s’accompagne d’une surveillance humaine d’intervention rapide. Lorsqu’un patient est testé positif, cela déclenche une « alerte téléphonique » immédiate. Les agents de santé se déploient ensuite dans le hameau spécifique pour effectuer des tests porte-à-porte, distribuer des dépliants et appliquer des pulvérisations d’insecticide pour contenir l’épidémie avant qu’elle ne se concentre.
Une frontière sans barrières
L’un des plus grands obstacles d’Eswatini est sa géographie. Alors qu’Eswatini n’a enregistré que 362 cas en 2024, ses voisins présentent une réalité très différente : Le Mozambique a enregistré 11,6 millions de cas et l’Afrique du Sud en a enregistré plus de 4 600.
La circulation des personnes à travers des frontières poreuses et informelles rend le confinement extrêmement difficile.
– Migration économique : Les travailleurs du Mozambique s’installent souvent en Eswatini pour des travaux agricoles, y compris dans des fermes de cannabis illégales.
– Populations cachées : Ces travailleurs dorment souvent à l’extérieur pour protéger les cultures, souvent sans moustiquaires de protection, créant ainsi un environnement à haut risque de transmission.
– Difficultés de suivi : Lorsque les gens utilisent des passages non officiels plutôt que des points de contrôle documentés, les autorités sanitaires ont du mal à suivre le mouvement du parasite.
L’impact du changement climatique
Le changement climatique modifie fondamentalement le paysage du paludisme en Afrique australe. Deux grandes tendances se dessinent :
1. Saisons prolongées : Historiquement, le paludisme culminait en mars. Aujourd’hui, un nombre élevé de cas persiste jusqu’en mai, ce qui coïncide avec la récolte de la canne à sucre, au cours de laquelle davantage de personnes travaillent dans les champs.
2. Nouveaux terrains de reproduction : Les conditions météorologiques extrêmes, telles que les inondations, créent une abondance soudaine d’eau stagnante, transformant les paysages ordinaires en gigantesques sites de reproduction des moustiques.
“À mesure que vous pensez vous rapprocher de plus en plus [de l’élimination], quelque chose se produit, comme des conditions météorologiques extrêmes, qui affectent ensuite la vitesse à laquelle les moustiques se reproduisent”, explique Nomcebo Dlamini, responsable de la surveillance du paludisme.
La crise mondiale du financement
La lutte contre le paludisme n’est pas seulement une lutte locale mais mondiale. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a noté que les cas de paludisme ont augmenté dans le monde pendant six années consécutives.
Un facteur important de cette tendance est la réduction de l’aide internationale. L’année dernière, le Fonds mondial a dû réduire de 1,4 milliard de dollars les subventions existantes en raison des promesses non tenues des donateurs. Même si Eswatini a réussi à maintenir ses services de base, ces réductions ont déjà commencé à réduire la fréquence de formation des agents de santé essentiels.
La voie à suivre
Pour lutter contre ces menaces multiformes, le gouvernement d’Eswatini propose une évolution vers des contrôles intégrés aux frontières. En rendant les documents de voyage et les passeports officiels plus accessibles, le gouvernement espère encourager les passages formels, ce qui permettrait une meilleure surveillance sanitaire et des données plus prévisibles.
Même si les obstacles – résistance aux insecticides, volatilité climatique et diminution des fonds – sont redoutables, Eswatini reste déterminé à atteindre son objectif.
Conclusion
La mission d’Eswatini visant à éliminer le paludisme est mise à l’épreuve par les changements environnementaux et les réalités économiques au-delà de ses frontières. Le succès dépendra de la capacité du pays à renforcer sa surveillance et à formaliser les mouvements aux frontières plus rapidement que la maladie ne pourra s’adapter au changement climatique.























