La plupart des mammifères donnent naissance à des petits vivants. Les monotrèmes ne le font pas.

Ils pondent des œufs.

Cela ressemble à un paradoxe biologique. Un mammifère qui agit davantage comme un reptile ou un oiseau. Pourtant, l’ornithorynque et l’échidné sont définitivement des mammifères. Ce sont les seuls.

Ce groupe, scientifiquement connu sous le nom d’Ordre Monotremata, représente la plus ancienne lignée vivante de mammifères vivants aujourd’hui. Ils ne sont pas primitifs au sens de « simples ». Ils sont anciens. Leurs corps sont une mosaïque déroutante d’anciens traits et de nouveaux hautement spécialisés.

Qu’est-ce qui fait d’un monotrème un monotrème ?

Le nom lui-même le trahit. Monotreme vient du grec pour « un trou ».

Les monotrèmes mâles et femelles partagent une seule ouverture arrière utilisée pour l’excrétion et la reproduction. C’est un cloaque. Vous retrouverez cette même configuration chez les oiseaux, les reptiles et les amphibiens. Mais pas chez les autres mammifères.

Prenez l’ornithorynque. C’est un carnivore-insectivore amphibie. Il nage avec un bec semblable à celui d’un canard et une queue semblable à celle d’un castor. Il chasse les petits crustacés et les larves d’insectes dans les cours d’eau australiens.

Ensuite, il y a les échidnés. Terrestre. Épineux. Ils creusent à la recherche de fourmis, de termites et de vers. Ils ne nagent pas. Ils n’ont pas de factures. Mais ils partagent cette anatomie à trou unique et cette habitude de pondre.

Leur squelette raconte la suite de l’histoire. Plus précisément leur ceinture scapulaire.

La plupart des mammifères modernes ont un ensemble spécifique d’os au niveau de l’épaule. Les monotrèmes ne le font pas. La structure de leurs épaules est primitive. Il ressemble plus aux anciens ancêtres des mammifères qu’aux mammifères que nous voyons aujourd’hui. Cela a dérouté les scientifiques pendant des décennies.

Le puzzle évolutif

Comment classer un animal qui semble tombé hors du temps ?

Les monotrèmes présentent ce que les biologistes appellent l’évolution en mosaïque. Ils conservent les anciennes fonctionnalités tout en en développant de nouvelles. Certains traits du crâne les relient aux premiers groupes de mammifères disparus de l’ère mésozoïque. Mais les données génétiques racontent une autre histoire.

La génétique suggère que les monotrèmes sont en fait de proches parents des marsupiaux.

Ce conflit entre la structure osseuse et l’ADN est le problème central dans la compréhension de l’évolution monotrème. Se sont-ils séparés avant les marsupiaux et les placentaires ? Ou ont-ils divergé plus tard et ont-ils simplement conservé des traits archaïques ?

La ceinture scapulaire suggère une origine au milieu de la période jurassique, il y a environ 199,6 millions d’années. C’est bien avant que les célèbres dinosaures non aviaires ne disparaissent.

Fossiles du Crétacé

Si vous voulez voir à quel point ces animaux étaient étranges, regardez les fossiles du Crétacé.

En Australie, les scientifiques ont découvert deux familles éteintes de monotrèmes. Les deux ne sont connus qu’à partir de fragments de mâchoire. Et pas n’importe quels os. Fragments de mâchoire opalisés.

  1. Steropodontidae : Une espèce ressemblant à un ornithorynque appelée Steropodon galmani.
  2. Kollikodontidae : Une espèce particulièrement spécialisée appelée Kollikodon ritchiei.

Kollikodon a été un choc. Ses dents molaires avaient d’étranges cuspides arrondies. Les paléontologues s’attendaient à des formes de dents similaires à celles de l’ornithorynque. Ils ont autre chose.

Cette découverte a tout changé. Cela a prouvé que les monotrèmes du Crétacé étaient bien plus diversifiés que nous le pensions. Il ne s’agissait pas seulement d’une note bizarre. Ils étaient probablement les mammifères dominants du secteur australien du Gondwanaland, l’ancien supercontinent.

Un voyage continental

Les archives fossiles remontent au Crétacé inférieur, mais leurs origines sont plus profondes.

Considérez le plus ancien fossile d’ornithorynque connu. On l’a trouvé en Amérique du Sud.

Ce n’est pas une erreur. C’est une preuve de distribution. Au cours de la période paléogène (il y a 65,5 à 23 millions d’années), les ornithorynques étaient présents depuis l’Australie jusqu’en Amérique du Sud, en passant par l’Antarctique.

Les continents ne s’étaient pas complètement séparés. Les animaux bougeaient avec eux. Ou alors ils ont nagé. La mécanique exacte est moins importante que le fait que les monotrèmes étaient autrefois répandus dans tout l’hémisphère sud.

Aujourd’hui, ils sont restreints.

Les survivants

Il ne reste que cinq espèces. Deux familles. Deux modes de vie distincts.

Famille des Tachyglossidae (Échidnés)
* 4 espèces.
* 2 genres.
* Trouvé en Australie, en Tasmanie et en Nouvelle-Guinée.
* Terrestre. Insectivores.

Famille des Ornithorhynchidae (Ornithorynque)
* 1 espèce.
* Trouvé uniquement en Australie.
* Semi-aquatique. Carnivore-insectivore.

C’est un petit nombre. Fragile, même. Mais ils ont survécu. Ils ont survécu aux dinosaures. Ils ont survécu à la dérive des continents. Ils ont survécu à l’essor des mammifères placentaires.

Pourquoi n’ont-ils pas disparu ?

Leur niche est spécifique. Au plus profond du sol. Au fond de la rivière. Ils ne rivalisent pas avec les grands prédateurs. Ils n’ont pas besoin de courir vite. Ils ont juste besoin d’être assez bizarres pour survivre.

La ceinture scapulaire reste une énigme. L’ADN reste confus. Mais l’œuf reste réel.

Nous ne comprenons pas encore pleinement comment ces animaux s’intègrent dans l’arbre de vie. Vaut-il mieux les appeler une branche distincte ? Ou un étrange cousin ?

La classification importe moins que le fait qu’ils soient ici. Pondre des œufs. Avec un trou. Tandis que le reste du monde des mammifères accouche.

C’est une bizarrerie. Une relique. Un fossile vivant qui refuse de rester dans le passé.